Luna y Sol
Jour et nuit, blanc et noir, bien et mal, ici et ailleurs, aimer et haïr ...
parce que rien n'existe sans son contraire ...
Un espace de vie où vivent et s'harmonisent sans se contredire, sans se contrarier, sans contrainte ... tous les contraires ...
Un espace de mots, de regards, de tout et de rien ... de coups de coeur et de coups de gueule ... les miens, les vôtres pour en faire les nôtres ...
Il était une fois un homme qui portait sept masques différents, un pour chaque jour de la semaine. Quand il se levait le matin, il se couvrait immédiatement le visage avec
un de ses masques. Ensuite, il s'habillait et sortait pour aller travailler. Il vivait ainsi, sans jamais laisser voir son vrai visage.
Or, une nuit, pendant son sommeil, un voleur lui déroba ses sept masques. A son réveil, dés qu'il se rendit compte du vol, il se mit à crier à tue-tête "au voleur !" Puis se mit à parcourir
toutes les rues de la ville à la recherche de ses masques.
Les gens le voyaient gesticuler, jurer et menacer la terre entière des plus grands malheurs s'il n'arrivait pas à retrouver ses masques. Il passa la journée entière à chercher le voleur, mais en
vain.
Désespéré et inconsolable, il s'effondra, pleurant comme un enfant. Rien ne pouvait le réconforter. Il n'était plus rien, ni personne.
Une femme qui passait par là s'arrêta et lui demanda pourquoi il pleurait ainsi.
Il leva la tête, confus et répondit d'une voix étouffée qu'on lui avait volé ses masques et, que le visage ainsi découvert il se sentait trop vulnérable.
Elle le consola et lui demandait de la regarder, elle avait toujours montré son visage, elle voulait voir le sien.
Il la regarda longuement, elle était très belle.
Elle se pencha, lui sourit et essuya ses larmes.
Pour la première fois de sa vie, l'homme ressentit, sur son visage, la douceur d'une caresse.
Tadjo
(A tous ceux qui ne sont eux même qu'à travers des mots, derrière leur masque ...)
Paon ! cest le départ.
Cerfs partis pour un tour.
Voici le taons à battre.
Déjà les taons
Veulent piquer les paons
Champions de tous les temps.
A quoi ça sert ?
Les cerfs sont loin devant
Un paon qui sennuyait,
Venu passer le temps,
Se retrouve devant
Mais le taon passe :
Il remet le paon Dule à lheure.
Quand le serpent fakir
Qui a le cerveau lent
Surprend les cerfs volant
Son tapis de fakir,
Il siffle cerfs, paons, taons,
Qui senvolent pourtant
Et se moquent de lui.
Serpentant
Loin du tapis volant
Notre serpent senfuit.
Au tapis le cerf pend
Puis un autre, et les faons
Crient à leurs cerfs parents :
« attention léléphant ! »
Ils sonnent lolifant
Pour sommer léléphant
Dépargner léquipage.
Mais voilà le carnage !
Et le serpent tapis
Sous son tapis persan
Pâtit tout aplati
Sous le gros éléphant.

Texte de Paul Cosquer
Extrait de "Drôles d'animots"
L'arbre
Dans un pays aride sélevait autrefois un arbre prodigieux.
Sur la plaine, on ne voyait que lui, largement déployé entre les blés et le ciel. Personne ne savait son âge.
Des femmes stériles venaient parfois le supplier de les rendre fécondes, les hommes en secret cherchaient auprès de lui des réponses à des questions inexprimables, mais personne jamais ne goûtait à ses fruits.
Ils étaient pourtant magnifiques, si luisants et dorés le long de ses deux branches maîtresses quils attiraient les mains et les bouches des enfants ignorants.
Eux seuls osaient les désirer. On leur apprenait alors létrange et vieille vérité.
La moitié de ses fruits était empoisonné. Or tous, bons ou mauvais, étaient daspect semblable.
Des deux branches ouvertes en haut du tronc énorme, lune portait la mort, lautre portait la vie, mais on ne savait laquelle nourrissait et laquelle tuait. Et donc on regardait, mais on ne touchait pas.
Vint un été trop chaud, puis un automne sec, puis un hiver glacial. La famine envahit le pays. Seul sur la plaine, larbre demeura immuable. Aucun de ses fruits navait péri.
Les gens, voyant ce vieux père miraculeusement rescapé des bourrasques, sapprochèrent de lui, indécis et craintifs. Ils se dirent quil leur fallait choisir entre le risque de tomber foudroyés, sils goûtaient aux merveilles dorées qui luisaient parmi les feuilles, et la certitude de mourir de faim, sils ny goûtaient pas.
Comme ils se laissaient aller en discussions confuses, un homme dont le fils ne vivait plus quà peine osa soudain savancer. Sous la branche de droite il cueillit un fruit, le croqua et resta debout, le souffle bienheureux. Alors tous à sa suite se bousculèrent et se gorgèrent des fruits sains de la branche de droite qui repoussèrent aussitôt, à peine cueillis, parmi les verdures bruissantes.
Les hommes sen réjouirent infiniment. Huit jours durant ils festoyèrent, riant de leurs effrois passés.
Ils savaient désormais où étaient les rejetons malfaisants de cet arbre : sur la branche de gauche. Leur vint une rancune haineuse. À cause de la peur quils avaient eu delle, ils avaient failli mourir de faim. Ils la jugèrent bientôt aussi inutile que dangereuse. Un enfant étourdi pouvait un jour se prendre à ses fruits mortels que rien ne distinguait des bons. Ils décidèrent donc de la couper au ras du tronc, ce quils firent avec une joie vengeresse.
Le lendemain tous les bons fruits de la branche de droite étaient tombés et pourrissaient dans la poussière. Larbre amputé de sa moitié mauvaise noffrait plus au grand soleil quun feuillage racorni. Son écorce avait noirci.
Les oiseaux lavaient fui. Il était mort.
"Ombre et lumière, thérapies et poisons coexistent dans la nature.
Sachons les faire coexister en nous."
Henri Gougaud







